Astronautes Christina Koch et Jessica Meir lors de la première sortie extravéhiculaire 100% féminine, illustrant l'évolution des femmes dans la conquête spatiale.

Les femmes et la conquête spatiale : Histoire, défis et avenir vers la Lune

L’histoire de l’exploration du cosmos est souvent résumée à quelques noms masculins emblématiques : Youri Gagarine, Neil Armstrong ou Buzz Aldrin. Pourtant, les femmes dans la conquête spatiale ne sont pas de simples notes de bas de page. Depuis les calculatrices humaines qui ont tracé les premières orbites jusqu’aux commandantes de la Station Spatiale Internationale, elles ont façonné, calculé et piloté notre accès aux étoiles. Longtemps restées dans l’ombre en raison de barrières sociales et politiques, les femmes occupent désormais le devant de la scène, prêtes à fouler le sol lunaire avec le programme Artemis.

Cet article propose une plongée exhaustive dans cette épopée. Nous explorerons comment, décennie après décennie, la place des femmes dans la conquête spatiale a évolué, passant de l’exception propagandiste à la norme scientifique. Nous analyserons les profils techniques de ces pionnières, les obstacles physiologiques et sociétaux qu’elles ont dû surmonter, et le rôle crucial qu’elles joueront dans la colonisation future de Mars.

De Vostok 6 à l’ISS, les femmes ont toujours été présentes, d’abord rares exceptions puis actrices majeures de l’exploration. Ici Jessica Meir dans l’ISS

1. Les Pionnières : Briser le plafond de verre en orbite (1960-1980)

Au début de l’ère spatiale, la Guerre froide bat son plein. L’espace est un terrain d’affrontement idéologique entre les États-Unis et l’URSS. Dans ce contexte, l’envoi d’une femme dans la conquête spatiale est d’abord perçu comme un coup d’éclat politique avant d’être une mission scientifique.

Le « Mercury 13 » : Le rendez-vous manqué de l’Amérique

Aux États-Unis, dès le début des années 1960, un médecin visionnaire, le Dr William Randy Lovelace, qui avait aidé à sélectionner les astronautes masculins du programme Mercury, décide de tester des femmes. Il est convaincu que les femmes, étant en moyenne plus légères et consommant moins d’oxygène, pourraient être des candidates idéales pour les capsules spatiales exiguës de l’époque.

Treize femmes pilotes, surnommées plus tard les « Mercury 13 », passent les mêmes tests physiques et psychologiques rigoureux que les hommes. Jerrie Cobb, la plus emblématique d’entre elles, réussit brillamment, surpassant même certains résultats masculins aux tests d’isolation sensorielle. Pourtant, la NASA refuse de les intégrer. La règle officieuse exigeait que les astronautes soient des pilotes d’essai militaires, une carrière alors interdite aux femmes. Il faudra attendre des décennies pour que l’agence américaine reconnaisse cette erreur de jugement, privant l’Amérique de la première femme dans la conquête spatiale.

Pour approfondir ce sujet, vous pouvez consulter les archives historiques de la NASA sur le programme Mercury 13 et les femmes pilotes.

Valentina Terechkova : « La Mouette » soviétique

Pendant que les États-Unis hésitent, l’Union Soviétique fonce. Le 16 juin 1963, Valentina Terechkova décolle à bord de Vostok 6. Son nom de code radio est « Tchaïka » (La Mouette). Ouvrière textile et parachutiste amateur, elle a été sélectionnée parmi plus de 400 candidates pour son origine prolétaire « idéale » pour la propagande soviétique.

Sa mission dure près de trois jours, durant lesquels elle effectue 48 orbites autour de la Terre. C’est plus que tous les astronautes américains du programme Mercury réunis à cette date. Bien que sa mission ait connu des difficultés techniques majeures (un programme de rentrée erroné qu’elle a dû corriger manuellement), son vol reste un exploit monumental. Elle prouve physiologiquement qu’une femme dans la conquête spatiale peut résister aux rigueurs du lancement et de l’apesanteur aussi bien qu’un homme. Cependant, après son vol, le programme féminin soviétique est mis en pause, Terechkova devenant une icône politique intouchable mais clouée au sol.

Valentina Terechkova, première femme cosmonaute, a ouvert la voie en 1963, seule à bord de sa capsule.

2. L’Ère de la Navette et de la Station Mir : La compétence technique avant tout

Il faut attendre près de vingt ans après le vol de Terechkova pour voir la situation évoluer. L’avènement de la Navette Spatiale américaine (Space Shuttle), un véritable « camion de l’espace » capable d’emporter des équipages plus nombreux (jusqu’à 7 personnes), change la donne. On ne cherche plus seulement des pilotes casse-cou, mais des scientifiques, des ingénieurs et des spécialistes de mission. C’est l’âge d’or de l’intégration des femmes dans la conquête spatiale occidentale.

Sally Ride : L’astrophysicienne qui a changé la NASA

En 1978, la NASA sélectionne sa première classe d’astronautes incluant des femmes. Parmi elles, Sally Ride, une astrophysicienne brillante. Le 18 juin 1983, à bord de la navette Challenger (mission STS-7), elle devient la première Américaine dans l’espace. Son rôle n’est pas figuratif : elle est spécialiste de mission et opère le bras robotique (Canadarm) pour déployer des satellites.

Sally Ride a dû faire face à un sexisme médiatique intense (les journalistes lui demandaient si le vol affecterait ses capacités reproductrices ou si elle pleurerait en cas de problème), auquel elle répondait par une compétence technique irréprochable. Elle a ouvert la porte à d’autres légendes comme Judith Resnik ou Kathryn Sullivan (première Américaine à effectuer une sortie extra-véhiculaire). Pour en savoir plus sur sa mission, visitez la page officielle de la mission STS-7 sur le site de la NASA.

Claudie Haigneré : L’excellence française et européenne

En Europe, la France joue un rôle de leader. Claudie Haigneré (alors Claudie André-Deshays), médecin rhumatologue et docteur en neurosciences, est sélectionnée par le CNES. En 1996, elle s’envole vers la station russe Mir lors de la mission Cassiopée. Elle devient la première Française et l’une des premières Européennes à incarner les femmes dans la conquête spatiale.

Son parcours est exceptionnel car il ne s’arrête pas là. En 2001, elle devient la première femme européenne à visiter la Station Spatiale Internationale (ISS) lors de la mission Andromède, où elle occupe le poste d’ingénieur de bord, un rôle technique critique. Elle prouve que les femmes peuvent maîtriser les systèmes complexes des vaisseaux Soyouz russes aussi bien que ceux de l’ISS. Son héritage inspire aujourd’hui des astronautes comme Sophie Adenot, nouvelle recrue française de l’ESA.

Un retour sur le parcours inspirant de Claudie Haigneré, figure de proue de l’astronautique européenne.

3. Les Figures de l’Ombre : Celles qui ont calculé les trajectoires

Parler des femmes dans la conquête spatiale sans évoquer celles qui sont restées au sol serait une erreur historique majeure. Avant l’ère des supercalculateurs électroniques, les « ordinateurs » étaient humains, et souvent, c’étaient des femmes. Douées en mathématiques, méticuleuses et payées moins cher que leurs homologues masculins, elles ont effectué les calculs vitaux pour la survie des astronautes.

Katherine Johnson et les calculatrices humaines

Le film « Les Figures de l’Ombre » (Hidden Figures) a révélé au grand public le rôle de Katherine Johnson, Dorothy Vaughan et Mary Jackson. Katherine Johnson, mathématicienne afro-américaine, a calculé à la main les trajectoires de lancement du premier américain dans l’espace, Alan Shepard, et a vérifié les calculs informatiques de la mission de John Glenn en orbite. Glenn lui-même avait exigé : « Si elle dit que les calculs sont bons, alors je suis prêt à partir ».

Leur travail a permis de définir les fenêtres de lancement et les trajectoires de retour d’urgence pour les missions Apollo vers la Lune. L’apport intellectuel des femmes dans la conquête spatiale est ici aussi crucial que la performance physique des astronautes. Sans leur rigueur mathématique, les fusées Saturn V n’auraient jamais atteint la Lune avec une telle précision.

Découvrez les biographies complètes de ces mathématiciennes sur le site de l’histoire de la NASA : Modern Figures (NASA).

Katherine Johnson calculant les trajectoires orbitales à la main, une contribution vitale à la sécurité des vols Apollo.

4. Les architectes des missions : Ingénieures et astrophysiciennes

La contribution des femmes dans la conquête spatiale ne s’arrête pas aux mathématiques pures ou au pilotage. Des ingénieures en logiciel aux astrophysiciennes visionnaires, elles ont conçu les systèmes vitaux et défini les objectifs scientifiques des plus grandes missions de l’histoire.

Margaret Hamilton : Celle qui a codé la Lune

Si Neil Armstrong a pu poser le pied sur la Lune, c’est en grande partie grâce à Margaret Hamilton. Directrice du département de génie logiciel du laboratoire d’instrumentation du MIT, elle a dirigé l’équipe chargée de développer le logiciel de guidage embarqué des missions Apollo.

Son rôle fut décisif lors de l’alunissage d’Apollo 11. Quelques minutes avant de toucher le sol lunaire, l’ordinateur de bord a saturé d’informations, déclenchant les fameuses alarmes 1201 et 1202. Grâce à l’architecture logicielle robuste conçue par Hamilton (le système de « traitement asynchrone »), l’ordinateur a pu prioriser les tâches essentielles (l’atterrissage) et ignorer les tâches secondaires, évitant ainsi une annulation de la mission. Elle a inventé le terme même de « génie logiciel ».

Pour en savoir plus sur son code légendaire, consultez la page de la NASA dédiée à Margaret Hamilton et le logiciel Apollo.

Nancy Grace Roman : La « Mère de Hubble »

L’exploration spatiale sert avant tout la science, et dans ce domaine, Nancy Grace Roman est une géante. Elle fut la première femme à occuper un poste de direction à la NASA en tant que Chef de l’Astronomie dans les années 1960. À une époque où l’agence était presque exclusivement masculine, elle a piloté la planification des programmes d’astronomie optique.

C’est elle qui a inlassablement défendu l’idée d’envoyer des télescopes dans l’espace pour s’affranchir de l’atmosphère terrestre. Son acharnement a donné naissance au télescope spatial Hubble, qui a révolutionné notre compréhension de l’univers. Sans sa vision stratégique, les images époustouflantes des nébuleuses et des galaxies lointaines que nous admirons aujourd’hui n’existeraient peut-être pas. La NASA a d’ailleurs nommé son prochain grand télescope spatial (le Roman Space Telescope) en son honneur.

Découvrez l’héritage de cette visionnaire sur le site scientifique de la NASA : Biographie de Nancy Grace Roman.

Margaret Hamilton et le code source du programme Apollo : une architecture logicielle qui a permis à l’humanité d’atteindre la Lune.

5. Vers l’Avenir : La génération Artemis et Mars

Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir « si » une femme peut aller dans l’espace, mais « quand » elle marchera sur la Lune. Les agences spatiales ont intégré la parité dans leurs recrutements, et les femmes dans la conquête spatiale sont désormais au cœur des projets les plus ambitieux du XXIe siècle.

Le « All-Female Spacewalk » de 2019 : Un tournant symbolique

Le 18 octobre 2019, une étape symbolique majeure a été franchie. Les astronautes américaines Christina Koch et Jessica Meir ont effectué la première sortie extravéhiculaire (EVA) 100 % féminine. Jusqu’alors, les femmes sortaient toujours accompagnées d’un homme. Cette mission de maintenance à l’extérieur de l’ISS a démontré l’autonomie totale des femmes sur le terrain le plus dangereux qui soit : le vide spatial.

Christina Koch détient également le record du plus long vol spatial continu pour une femme (328 jours), fournissant des données précieuses sur les effets de la microgravité sur le corps féminin, des données essentielles pour les futurs voyages vers Mars.

Programme Artemis : Une femme sur la Lune

Le programme Artemis de la NASA a un objectif clair affiché dans son slogan : « La première femme et la prochaine personne de couleur sur la Lune ». Prévue pour l’horizon 2026-2027 avec la mission Artemis III, cette étape marquera l’histoire. Parmi les candidates potentielles, on retrouve des astronautes aguerries comme Anne McClain, Jessica Meir ou encore Stephanie Wilson.

Le rôle des femmes dans la conquête spatiale future ne se limitera pas à la Lune. Les données physiologiques montrent que les femmes pourraient être mieux adaptées aux voyages vers Mars : elles consomment moins de ressources métaboliques et résistent potentiellement mieux à certains stress psychologiques liés au confinement à long terme. Pour suivre l’évolution du programme, consultez la page officielle NASA Artemis.

Conclusion

De Valentina Terechkova, isolée dans sa capsule Vostok, aux équipages mixtes et paritaires des missions SpaceX et Artemis, l’évolution est spectaculaire. Les femmes dans la conquête spatiale ne sont plus une exception, mais une force motrice indispensable. Les barrières technologiques, physiologiques et surtout sociales sont tombées les unes après les autres.

Alors que l’humanité s’apprête à devenir une espèce multiplanétaire, les femmes seront aux commandes des vaisseaux qui nous emmèneront vers Mars et au-delà. Leur histoire, faite de résilience et d’intelligence, est la preuve que l’espace n’a pas de genre, seulement des héros et des héroïnes prêts à repousser les frontières de la connaissance.

Ressources recommandées :
Henrietta Swan Leavitt (Wikipédia),
Annie Jump Cannon (Wikipédia),
Vera Rubin (Wikipédia),
Jocelyn Bell Burnell (Wikipédia).

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