Transfert de l'immense étage principal orange de la fusée SLS pour la mission Artemis II au centre d'assemblage de Michoud.

Tout savoir sur la mission Artemis II : Le retour historique de l’humanité vers la Lune

C’est une aube nouvelle qui se lève sur l’exploration spatiale. Plus de cinquante ans après la fin du programme Apollo, l’humanité retient son souffle. Nous ne parlons plus de simples sondes robotiques ou de télescopes lointains, mais bien du retour de la présence humaine dans l’espace lointain. Au cœur de cette renaissance se trouve la mission Artemis II.

Si Artemis I a prouvé que la fusée SLS et le vaisseau Orion étaient capables de faire le voyage à vide, Artemis II représente le véritable test du feu : envoyer quatre êtres humains orbiter autour de la Lune et les ramener sains et saufs sur Terre. C’est la mission qui transformera la théorie en réalité opérationnelle. Dans cet article exhaustif, nous allons décortiquer chaque étape de ce vol historique, des profils de l’équipage aux manœuvres orbitales complexes, pour comprendre pourquoi cette mission est la clé de voûte de notre futur interplanétaire.

1. L’équipage et le vaisseau : le cœur battant d’Artemis II

Avant d’aborder la trajectoire céleste, il est indispensable de comprendre qui sont les pionniers qui prendront place au sommet de la fusée la plus puissante jamais construite, et quel est le véhicule qui assurera leur survie dans le vide hostile de l’espace profond.

Les quatre pionniers de l’espace lointain

Pour la première fois dans l’histoire, un équipage lunaire ne sera pas composé exclusivement d’hommes blancs américains. La NASA, en collaboration avec l’Agence Spatiale Canadienne (ASC), a sélectionné un quatuor diversifié, symbolisant une coopération internationale et une ouverture sociétale inédite. La mission Artemis II emporte avec elle les espoirs de toute une planète.

Portrait officiel de l'équipage de la mission Artemis II : Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et Jeremy Hansen
  • Reid Wiseman (Commandant) : Vétéran de l’ISS et ancien chef du bureau des astronautes, il aura la lourde responsabilité de prendre les décisions critiques durant le vol. Son leadership sera essentiel lors des phases de pilotage manuel du vaisseau Orion.
  • Victor Glover (Pilote) : Premier astronaute noir à vivre une mission de longue durée dans l’ISS, il sera aux commandes du vaisseau. C’est lui qui effectuera les manœuvres de rendez-vous en orbite terrestre, un test crucial pour la mission.
  • Christina Koch (Spécialiste de mission) : Détentrice du record du plus long vol spatial unique pour une femme (328 jours), elle apporte une expertise technique et scientifique inestimable. Elle sera la première femme à s’aventurer au-delà de l’orbite terrestre basse.
  • Jeremy Hansen (Spécialiste de mission) : Représentant l’Agence Spatiale Canadienne, il marque l’histoire en devenant le premier non-Américain à quitter l’orbite terrestre. Son rôle sera vital dans la gestion des systèmes et l’observation géologique depuis l’orbite.

Pour découvrir les biographies complètes de ces explorateurs, je vous invite à consulter la page officielle de la NASA dédiée à l’équipage.

Orion : le char de l’espace moderne

Le véhicule qui transportera l’équipage d’Artemis II est le vaisseau spatial Orion. Contrairement aux capsules Apollo, Orion est plus grand, plus technologique et conçu pour des missions de longue durée (jusqu’à 21 jours avec 4 astronautes). Il se compose de deux parties vitales :

  1. Le Module d’Équipage (CM) : C’est l’habitat. Il fournit le support vie, les contrôles de vol et le bouclier thermique nécessaire pour survivre à une rentrée atmosphérique à près de 40 000 km/h.
  2. Le Module de Service Européen (ESM) : Fourni par l’ESA (Agence Spatiale Européenne), c’est la « centrale électrique » du vaisseau. Il gère la propulsion, l’électricité (via ses quatre panneaux solaires en X), le contrôle thermique et stocke l’eau et l’oxygène. Sans l’Europe, Orion ne pourrait pas voler.

Cette collaboration transatlantique est une première pour un système critique de mission habitée. Vous pouvez en apprendre davantage sur l’ingénierie européenne sur le site de l’ESA dédié au module de service.

2. Le lancement et l’orbite terrestre : une danse délicate

Le déroulé de la mission Artemis II est très différent de celui des missions Apollo. Là où Apollo 8 filait presque directement vers la Lune après une courte orbite terrestre, Artemis II va prendre son temps pour vérifier chaque système vital avant de s’élancer vers l’inconnu.

Le décollage du SLS (Space Launch System)

Tout commencera au Centre Spatial Kennedy, en Floride, sur le pas de tir 39B. Le lanceur SLS Block 1, une tour de 98 mètres de haut, allumera ses quatre moteurs RS-25 (des vétérans de la navette spatiale) et ses deux propulseurs à poudre latéraux. La poussée générée sera phénoménale, arrachant les 2 600 tonnes de la fusée à la gravité terrestre.

Après l’éjection des boosters et du premier étage, le vaisseau Orion, attaché à l’étage supérieur (ICPS – Interim Cryogenic Propulsion Stage), sera placé sur une orbite terrestre initiale elliptique. C’est ici que la mission Artemis II se distingue par sa prudence et sa rigueur technique.

L’exercice de démonstration de proximité

Une fois en orbite, l’équipage ne partira pas tout de suite vers la Lune. Ils vont d’abord effectuer une manœuvre inédite : la « démonstration d’opérations de proximité ». Après s’être séparé de l’étage ICPS, Victor Glover prendra les commandes manuelles d’Orion pour faire demi-tour et se rapprocher à nouveau de l’étage vide.

Cette danse orbitale a plusieurs objectifs :

  • Vérifier la maniabilité fine du vaisseau Orion avec un équipage à bord.
  • Tester les systèmes de navigation optique et radar.
  • Simuler les manœuvres de rendez-vous qui seront nécessaires lors des futures missions (pour s’amarrer au Starship ou à la station Gateway).

C’est seulement après avoir validé que le vaisseau répond « au doigt et à l’œil » et que les systèmes de survie (ECLSS) fonctionnent parfaitement durant cette phase de 24 heures en orbite haute, que le feu vert pour la Lune sera donné.

3. Le grand voyage : survol lunaire et retour à haute vitesse

Une fois les vérifications en orbite terrestre terminées, l’étage ICPS se rallumera pour la manœuvre critique : l’injection trans-lunaire (TLI). C’est le moment où l’équipage quitte le berceau de la Terre pour s’aventurer dans l’espace profond.

La trajectoire de retour libre

La mission Artemis II ne va pas se mettre en orbite autour de la Lune (contrairement à Artemis I ou au futur Artemis III). Elle va suivre ce qu’on appelle une « trajectoire de retour libre » (free-return trajectory). Le vaisseau va passer derrière la Lune, utilisant la gravité lunaire comme une fronde pour être renvoyé naturellement vers la Terre sans nécessiter un allumage majeur des moteurs.

Pourquoi ce choix ? Pour la sécurité. Si le moteur principal du module de service européen venait à tomber en panne après l’injection, la mécanique céleste assure que l’équipage reviendra vers la Terre grâce à la gravité, après un voyage d’environ 10 jours. C’est le profil de vol le plus sûr pour un premier vol habité d’un nouveau vaisseau.

Durant ce survol, les astronautes passeront à environ 10 300 km de la surface lunaire (face cachée). Ils s’éloigneront de la Terre plus que n’importe quel être humain avant eux, battant le record d’altitude établi par l’équipage d’Apollo 13 en 1970. Ce sera l’occasion de photos historiques de la Terre se levant au-dessus de l’horizon lunaire, des images qui rappelleront la fragilité de notre « bille bleue ».

Pour comprendre les détails de la navigation spatiale, je vous recommande cet article technique sur les trajectoires de retour libre.

La rentrée atmosphérique : l’épreuve du feu

Le retour sur Terre est la phase la plus dangereuse de la mission Artemis II. Le vaisseau Orion va frapper l’atmosphère terrestre à une vitesse de 39 500 km/h (Mach 32). À cette vitesse, l’air devant la capsule se transforme en plasma, atteignant des températures de 2 760 °C.

Orion utilisera une technique de rentrée par « ricochets » (skip entry). Au lieu de plonger directement, la capsule rebondira une première fois sur les couches denses de l’atmosphère pour dissiper de l’énergie et gérer la décélération (les « G ») subie par les astronautes, avant de replonger définitivement. Cette technique permet une précision d’atterrissage bien supérieure à celle de l’époque Apollo.

Finalement, sous 11 parachutes déployés en séquence, la capsule amerrira doucement dans l’Océan Pacifique, où les équipes de récupération de la marine américaine et de la NASA attendront nos héros.

4. L’héritage d’Artemis II : ouvrir la voie à Artemis III

Si Artemis II est un succès, la voie sera libre pour la mission suivante, celle que tout le monde attend : Artemis III. C’est là que la complexité montera encore d’un cran.

Alors qu’Artemis II est une mission de validation orbitale, Artemis III visera l’atterrissage au Pôle Sud lunaire. Mais pour cela, Orion ne suffit pas. Il faudra un alunisseur (HLS – Human Landing System). La NASA a sélectionné le Starship de SpaceX pour cette tâche.

Le scénario d’Artemis III impliquera donc un rendez-vous en orbite lunaire entre la capsule Orion et le gigantesque Starship. Deux astronautes transféreront dans le Starship pour descendre à la surface, y séjourner environ une semaine, puis remonter vers Orion. Sans les tests critiques des systèmes de survie et de pilotage effectués lors d’Artemis II, cette chorégraphie complexe serait impossible.

De plus, Artemis II permettra de tester les nouvelles combinaisons de vol intra-véhiculaires (les tenues oranges « Oribion » portées durant le lancement et le retour), qui préfigurent les technologies des scaphandres de sortie extravéhiculaires d’Artemis III.

Suivez les avancées du Starship, essentiel pour la suite, directement sur le site officiel de SpaceX.

Conclusion : Plus qu’une mission, un symbole

La mission Artemis II est bien plus qu’une simple répétition générale. Elle incarne le retour de l’audace. Elle prouvera que nous pouvons vivre et travailler dans l’espace profond, non plus comme une anomalie de l’histoire (l’époque Apollo), mais comme une nouvelle norme durable. En envoyant Reid, Victor, Christina et Jeremy autour de la Lune, c’est une part de chacun de nous qui voyagera là-haut.

Restez connectés, car lorsque les moteurs du SLS s’allumeront pour Artemis II, le sol tremblera en Floride, mais ce sont les cœurs du monde entier qui vibreront à l’unisson.

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